18/01/2022

ENTRETIEN. La réaction du Burkina Faso

Pays de 21 millions d’habitants, le Burkina Faso fait partie des premiers pays africains touchés par la pandémie. État fragile de l’Afrique de l’Ouest, le pays a évité le pire en faisant face à la crise sanitaire et est considéré par plusieurs comme étant l’État ayant le mieux réagi dans la sous-région. Nous allons nous pencher sur les réponses d’un administrateur public de la santé afin de mieux comprendre la réponse des décideurs publics face à la Covid-19 et l’évolution de la crise sanitaire dans le pays.

 Dr. Brice Bicaba : directeur du Centre des opérations de réponse aux urgences sanitaires (CORUS) du Burkina Faso et épidémiologiste médical.

Thème A : Choix organisationnels et stratégies sanitaires

  1. Nabil : Comment les pouvoirs publics ont-ils décidé de s’organiser afin de lutter contre la pandémie ? Comment votre équipe et vous vivez cette situation dans votre quotidien dans votre cabinet ?

Nous étions organisés en dix groupes thématiques qui reprenaient un peu les principaux piliers de riposte de l’OMS. Chaque groupe thématique avait son propre mandat et devait travailler conjointement afin de répondre à la propagation de la Covid-19 au Burkina Faso. Ces groupes travaillaient de concert et avec la coordination stratégique à la fois avec le Premier Ministre et avec cinq comités sectoriels de la Santé.

Les premiers mois étaient infernaux pour tout le monde, car il y avait bien sûr une pression et une charge de travail énorme. Toutes les équipes de mon entourage étaient mobilisées à 100 % pour faire face à la COVID-19, y compris le personnel de d’autres programmes prioritaires qui ont été appelé avec nous à un certain moment. Par la suite, vers le mois de juin, on a décidé de mettre plus d’énergie dans d’autres programmes de la santé publique. En effet, on a commencé à contrôler la situation, et bien sûr vous vous imaginez que l’on ne devait pas seulement faire face à la COVID, car d’autres programmes risquaient de souffrir.  Bref, après la première période marquée par la psychose, on s’est dirigé vers d’autres défis toujours en cours auxquels le pays fait face. Donc, on a repris ces activités au fur et à mesure que la situation devenait contrôlable. 

  1. Nabil : Au niveau des régions plus rurales, comment étaient organisées la lutte contre la pandémie au niveau stratégique et opérationnel ?

La coordination stratégique se fait sous l’égide des gouverneurs des différentes régions du Burkina Faso. Au niveau opérationnel, c’est les directeurs régionaux de la santé qui devaient coordonner toutes les actions de riposte. Il y avait bien sûr une reddition de compte régulière afin de se tenir informer de la situation réelle. Nous voulions faire adhérer à la population les nombreuses mesures barrières. Au niveau de la communication et des cas recensés, nous sommes relativement satisfaits de ce choix d’organisation.  

  1. Nabil : Qu’elles ont été les principales  mesures sanitaires et des stratégies ripostes adoptées par le gouvernement ? 

Comme principales mesures on peut bien sûr mentionner la mise en place de la l’état d’alerte sanitaire (incitation à la population à rester chez soi) et il y a eu la fermeture des écoles, des universités. Aussi, on a procédé à la fermeture de certains grands marchés : une trentaine de marchés ont été fermés. Il y a eu aussi la mise en place du couvre-feu et on a décidé de suspendre des transports interurbains. Bien sûr, la fermeture des frontières aériennes et terrestres était une décision que l’on a pris sans hésitation. Le port obligatoire du masque a aussi été mis en œuvre. Finalement, la coordination multisectorielle  nous a largement aidés à affronter la Covid-19 au Burkina Faso.

  1. Nabil : Comment se passe la campagne de vaccination ?

    La campagne est en cours. Nous faisons partie des pays qui n’ont pas commencé tôt (le 2 juin 2021). Après des débuts timides, nous sommes devant deux choix de vaccin maintenant (AstraZeneca, Johnson & Johnson). Le rythme s’accélère progressivement.  

Thème B : Informations et sensibilisations

  1. Nabil : Comment a-t-on partagé l’information et fait de la sensibilisation auprès de la population ?

    Nous avions un comité sectoriel de communication qui était en charge de la communication qui était subordonnée au Ministère de la communication. De manière globale, nous avons misé sur des points de presse tenus régulièrement : au début de la pandémie on tenait des points de presse quotidiennement. Par la suite, la tenue de cette activité de communication s’est faite de façon hebdomadaire pour finalement être effectuée mensuellement. Ces points de presse permettaient de faire le point de la situation de l’ensemble des mesures ripostes et de la situation sanitaire au pays. 

À côté de ça, nous publions chaque jour des communiqués qui faisaient le point de la situation sanitaire (cas recensés, décès). À cet effet, il y avait un porte-parole qui était le coordinateur du comité sectoriel qui devait s’assurer de transmettre clairement les messages; c’était lui qui était chargé de ce volet.

Pour lutter contre la désinformation, on travaillait de façon très serrée avec les associations communautaires et les ONG qui devaient transmettre l’information de façon complète. Ensuite, on brifait les journalistes pour qu’ils aient toutes les informations. Aussi, on briefait des agents communautaires qui ont l’avantage d’être lettrés et ils travaillent dans les activités de promotion de la santé.

  1. Nabil : Selon vous, les médias numériques ont-ils joué un grand rôle ?

Oui, les réseaux sociaux ont été une plateforme où nous avons mis beaucoup d’énergie pour la transmission de nos messages. Nous avons mis en place une cellule de veille qui devait faire le point sur la désinformation et les rumeurs qui circulaient sur les réseaux sociaux. Ensuite, sur les réseaux sociaux, nous avons mis plusieurs affiches et images afin de clarifier les directives de la santé.

Puis, on travaillait de concert avec des influenceurs sur les réseaux sociaux et dans les radios communautaires pour la sensibilisation et le partage des informations. Aussi, on briefait des agents communautaires qui ont l’avantage d’être lettrés et ils travaillent dans les activités de promotion de la santé.On peut aussi mentionner le fait que les spots télévisés étaient utilisés afin de propager l’information via entre autres des micro-programmes télévisuels

Conclusion

  1. Nabil : Ces risques de pandémie vont toujours exister, pensez-vous que le pays sera plus préparé face à un scénario semblable ?

C’est sûr que nous n’étions pas à un niveau optimal. Cela a permis de renforcer donc les capacités du pays de manière globale. Cela a permis de mesurer effectivement notre capacité à faire face à une pandémie. Nous avons toujours quelques défis sur la table, les capacités en oxygène. Il y a des choses à continuer à construire et à améliorer. 

Propos recueillis par Nabil Jaafari le 06 septembre 2021.

Photo empruntée de https://www.aa.com.tr/en/africa/burkina-faso-confirms-first-two-cases-of-covid-19/1760201

Nabil Jaafari

Nabil JAAFARI est détenteur d'un baccalauréat en science politique (UQAM, 2021) et poursuit une maîtrise en Affaires publiques et internationales (uOttawa) afin d’étendre ses connaissances dans le domaine de la sécurité et de l'économie internationale. Ses travaux de recherches se sont jusqu’ici concentrés sur la diplomatie multilatérale, sur les défis démocratiques et sur les relations entre les grandes puissances et l’Afrique.

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