16/05/2022

Contribution à la lutte contre le coronavirus en Côte d’Ivoire

Un professeur d’Université propose une ‘’solution géographique’’ dans le cadre du plan global de riposte.
Professeur Loba A. Don Franck Valery à l’Institut de Géographie Tropicale (IGT) de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody

La crise de la pandémie à Coronavirus qui continue d’endeuiller et de mettre à genou l’économie mondiale n’a assurément pas fini de défier les connaissances et les intelligences du monde. Et si l’éclaire en vue d’une solution à cette crise venait d’une discipline vers laquelle personne ou très peu de gens aurait pu lorgner? C’est à cet exercice que Professeur Loba A. Don Franck Valery, Maitre de conférences à l’Institut de Géographie Tropicale de l’Université Houphouët-Boigny s’est prêté à travers cette interview exclusive. Lisez plutôt !  

Valery Loba

-Présentez-nous globalement votre projet.
La crise sanitaire liée à la circulation du SRAS-COV2, nouveau corona virus, a soulevé d’importantes interrogations. Toutes préoccupés par la riposte des intelligences médicales et pharmaceutiques, ces interrogations ont très souvent occulté les impacts et incidences humaines de cette maladie qui a paralysé les logiques jusque-là connues et en vigueur dans notre société tant au plan, social, culturel, politique et économique. La société dans son ensemble en  a été pleinement perturbée. Pour nous géographes, la question du COVID-19 est aussi à plus d’un titre problématique. Ses manifestations résument en un jeu de mots ce qu’est notre discipline dans son essence, à savoir, espace, mobilités et sociétés (trois concepts clés dans la géographie humaine dont l’importance dans la propagation du corona virus ne doit pas être négligée). Le principe actif de la contagion par le virus SRAS-COV2 implique la mobilité dans des champs spatiaux où des pratiques sociétales construisent le cadre de vie. La trilogie formée par espace-mobilités et société est hautement « géographisante » et invite la communauté des géographes à se pencher sur le problème que constitue la maladie à COVID-19. Avec la Chine comme point de départ de cette épidémie, le virus a fini en l’espace de 2 mois à paralyser toutes les sociétés du globe. Se servant du transit aéroportuaire, ce virus a fait le tour de la planète en toute quiétude pourrons-nous dire. Notre initiative en tant que chercheur est d’en évaluer les impacts aux diverses échelles du construit socioéconomique et humain. En d’autres termes, inviter une discipline des sciences sociales à faire une intrusion dans une arène qui de prime abord ne lui est pas proche. En réalité, la géographie est l’analyse de  tout ce qui se produit dans le référentiel spatial. Finalement, la géographie pris sous cet angle a compétence pour tout ! La finalité du projet de recherche que nous conduisons depuis nos bureaux de l’Institut de Géographie Tropicale (IGT) de l’Université Houphouët-Boigny est de faire participer le savoir-faire géographique à la compréhension et à la résolution des paradoxes induits par le sras-cov2. La production d’une analyse géographique à divers échelles pour aider à la prise de décision. Notre discipline est en réalité une science d’action et de terrain qui s’investit dans la compréhension des stratégies humaines devant les contraintes qu’ils côtoient au quotidien. Et le sras-cov2 en est une des plus traumatisantes de notre ère moderne. A la tête du groupe de recherche cartographie, population et développement des territoires et des sociétés (CAPDEV), nous sommes une équipe de géographes spécialisés dans la problématique de la géographie de la population et du développement.

-Depuis quand existe ‘’CAPDEV’’ et quel est le champ principal de votre recherche ?
Le CAPDEV regroupe les enseignants-chercheurs de notre département ayant pour champ de réflexion la population et le développement. Au sein de l’institut (IGT) c’est une spécialité au nombre des plus anciennes et pratiquée dans la grande famille de la géographie humaine et économique. C’est depuis 2010, que nous l’avons organisé sous le vocable « CAPDEV ». Sinon sa pratique est intimement liée à l’histoire de l’IGT.
La cible du virus (la population) comme nous le constatons est bel et bien le champ principal de nos réflexions. Dans l’espace, nous travaillons sur les populations, leur structure, leur mobilité et leur rapport multiples à l’espace et aux territoires. Des articulations que la maladie à covid-19 a hautement perturbées comme nous le signifions précédemment. La santé des populations est de ce point de vue mis au-devant de la scène et l’analyse géographique dans notre projet apparait en plus d’être une aide à la décision, un outil de gestion et de planification. La mise en route de cette réflexion appelle les points suivants : un état des lieux de la situation épidémiologique ; une analyse de son ancrage spatial dans le prisme des relations sociales ; enfin des initiatives de modélisation cartographique. Les résultats d’un tel travail auront de finalité d’aider à moderniser notre mode de la gouvernance urbaine.

-En quoi la géographie pourrait-elle contribuer à une meilleure gestion de la COVID-19 ?
Là, demeure l’entièreté du problème ! Cette question est cruciale. Le problème posé par la covid-19 est tout d’abord spatial avant d’être médical. Certainement que beaucoup me contrediront. Je leur concèderai cela ! Cette contradiction est légitime pourrions-nous dire car la géographie est méconnue. L’élite d’Adolf Hitler disait que la géographie ça sert à faire la guerre ! A juste titre le disaient-ils ! Voyez-vous il y a dans la géographie le résumé de l’humanité, c’est-à-dire le rapport de l’homme à l’espace, à son espace vécu ! Tout y est.
La diffusion du virus obéit à une logique spatiale hiérarchisant les rapports de force à l’échelle mondiale. De cette constatation, se trouve toute la pertinence de l’analyse stratégique de l’implantation de la covid-19 dans les territoires. La classification continentale calquée sur les échelles du développement que porte la maladie à COVID-19 est révélatrice. Si l’on s’en tient à la théorie du professeur Montagnier, stipulant le caractère non naturel du virus de la covid-19, la diffusion qui s’en est suivie est plus que révélatrice des importantes inégalités de développement. Aussi la notion de la distance chère à la discipline, se trouve plus que jamais au gout du jour dans les débats. A commencer par le principe de la distanciation sociale, la maladie à covid-19, crée des cloisonnements qui réorganisent les logiques spatiales tant au plan économique que culturel. La distance est au centre de la problématique épidémiologique de la propagation de la maladie. A cet effet, l’analyse géographique en se saisissant de l’expérience locale de la maladie va par empirisme (procédé – pragmatisme) dans un premier temps isoler les déterminants de la propension dans la spécificité des territorialités. A titre d’exemple, l’analyse géographique initie sa réflexion avec la préoccupation partant de « l’importation » à « l’appropriation ». L’importation, peut être considérée comme la survenue des cas importés depuis l’Europe. Par la suite ces cas ont créé des chaines et réseaux de contamination qui ont constitué « l’appropriation » du processus de propagation. De ce principe, le suivi des cas dans l’espace devient une nécessité. La traçabilité des porteurs dans l’espace permet de circonscrire et de définir des aires théoriques de protection ou de risque de contamination. Les exemples de la Corée du Sud et des USA sont édifiants. Les agences en charges des risques sanitaires disposent de services cartographiques ou le savoir-faire géographique conjugué à l’informatique permet une spatialisation permettant d’isoler des espaces et d’informer la population. Ces agences disposent des chiffres et peuvent interagir à tout moment avec les canaux officiels de communication.
La géographie devient ainsi un dispositif informatique et cartographique à même de visualiser des réalités statistiques et de produire des analyses utiles à la prise de décisions. Dans la gestion de la maladie à covid-19, deux questions reviennent principalement : où ? Combien ? En ces deux questions, se résument tous les efforts des dispositifs géographiques.

-Établissez-nous une corrélation entre les essais cliniques en cours en vue de trouver un remède à la covid-19 et l’approche géographique.
Pour revenir à ce que je disais précédemment sur  la relation entre la covid-19 et les échelles mondiales du développement, nous observons une certaine hiérarchisation de l’épidémie qui se fonde sur le fort impact constaté dans les pays considérés comme développés. Les initiatives des essais cliniques et leur protocole sont arrivés à mettre en évidence une certaine dichotomie dans l’économie de la santé à l’échelle mondiale. La frange des plus faibles, d’ailleurs les moins touchés à ce jour semble « écartée » des procédures initiées dites normatives et conforme au canon de la médecine moderne. Sur ce point des essais cliniques, je pense que la covid-19 est une opportunité pour ceux dits les plus faibles. Ces derniers n’ont certes pas les moyens et ressources des plus nantis mais ont tout de même un savoir–faire qu’il faut valoriser. La promotion des savoirs thérapeutiques locaux dans le tiers monde -puisque c’est de lui qu’il s’agit- est une opportunité pour amorcer une révolution du savoir et du développement dans cette partie du monde. Le patrimoine thérapeutique dont dispose par exemple les pays africains est à coup sur la clé de leur affranchissement de modèles de développement impropres à leur culture et qui leur ont été du reste imposé. C’est en somme une partie du non-dit dans cette affaire qui finira par aboutir à une lutte de classe ! Un particularisme de géographie des pouvoirs se met en place avec toutes les contradictions autours des différents essais cliniques que nous observons. La préservation des « gros » intérêts de l’industrie du médicament et le maintien de son hégémonie ont fini par montrer des insuffisances accentuant la crainte d’un impérialisme pharmaceutique au détriment d’alternatives qui pourtant pourraient se montrer plus efficaces. La méfiance et les suspicions observées sur les possibles remèdes proposés par l’industrie de la médecine conventionnelle mettent en évidence une opposition qui scinde le monde en deux blocs. Il y a comme une alternative à cette globalisation de la logique sanitaire voulant s’affranchir d’un dictat pharmaceutique. Laquelle alternative est portée par un monde en développement en quête d’affirmation d’un potentiel dont on ne peut nier l’importance. C’est donc une sorte de « révolte » au sein de ce monde unipolaire ou des supposés plus faibles veulent faire entendre leur voix.

– Quelle analyse faites-vous de la diffusion du virus dans le monde et particulièrement  en Côte d’Ivoire?
L’interface cartographique élaborée par ESRI (le géant de l’industrie des SIG (systèmes d’informations géographiques)) et l’université Hopkins des USA est plus que révélatrice. La série de carte et de tableaux de bord qu’ils proposent donne un aperçu global de la géographie de la maladie à covid-19 dans le monde. De ces supports cartographiques, 3 principaux foyers peuvent être isolés. Ainsi, la diffusion du virus peut être scindée en 3 grands domaines géopolitiques et civilisationnels qui relatent aussi la chronologie de la diffusion du virus dans le monde. Primo, la période du « front » chinois, secondo le temps de « l’invasion » euro-américaine enfin l’ère de « l’assimilation » africaine. Les termes choisis pour désigner les 3 réalités géospatiales de la diffusion du virus sont révélatrices de la spécificité territoriale de l’expansion de la maladie à COVID-19. Laquelle est fortement impactée par les contextes politiques, économiques et civilisationnels. Je parlais tantôt de cloisonnement des espaces, en réalité c’est ce à quoi nous avons assisté. La Chine premier foyer de contagion a été le relais naturel du virus à travers le monde. La force que constitue cette nation dans le commerce international a facilité la dispersion de la souche virale à travers le monde. L’importante massification des foyers de peuplement en Europe occidentale et sur la côte est des USA a été la pire des conditions démographiques et spatiales qui a soutenu la propagation du virus. Toutefois, dans cette partie du monde et comme aussi en Chine, on s’interroge sur la rapidité de la diffusion spatiale des cas de contamination. Nous avons pu lire çà et là des épidémiologues s’interroger sur une vitesse de propagation anormalement calibrée à leurs yeux. Les USA ont été littéralement envahis par une vague tout aussi virulente que brutale. En l’espace d’une semaine des états sont passés de 1 à 7000 cas, l’exemple de la Floride est plus que révélateur. C’est beaucoup plus que ce que l’on aurait vu dans certaine partie de l’Europe. En somme, l’expérience « occidentale » a fini par mettre en exergue la vulnérabilité de système sanitaire (pourtant qualifié d’insubmersible) et la fragilité des stratégies de protection civile qui ne sont pas parvenues à protéger les plus âgés. Si l’importance d’une couverture socioéconomique a permis comme en chine un confinement des plus drastiques, il n’en demeure pas moins qu’une discrimination est apparue entre les classes les plus nanties à même d’assumer la distanciation sociale et les couches économiquement vulnérables qui n’ont pu se permettre ce luxe. Cela a été plus visible aux USA ou le confinement a pris du temps pour se mettre en place.
En Europe comme en Amérique, le virus s’est répandu dans les milieux à même d’affecter les personnes du 3ème âge. Ce paramètre démographique est apparu comme le non-dit d’un rajeunissement d’une population en mal de renouvellement.
En Afrique, l’apparition du virus est relative tardive. La vitesse de propagation y est lente. Les chiffres communiqués font de l’Afrique dans son entièreté le foyer le moins important. L’Afrique subsaharienne se particularise avec des formes légères et des porteurs asymptomatiques, des porteurs dits « saints ». Les mesures déployées par les politiques avaient pour objectif de protéger les systèmes de santé d’éventuels débordements. En effet, devant les importants manques des structures publiques, la promotion de mesures dites barrières a été privilégiée. La structure sociale ne permet pas un éventuel confinement de la population. Les risques de crise économique découlant d’éventuel confinement auraient créé un important déséquilibre social. La majorité des urbains vit de la subsistance informelle. Il est donc impossible de confiner une telle population qui survit au jour le jour comme dirait l’autre.
La diffusion du SRAS-COV2 dans le monde renforce les inégalités spatiales de développement et amorce une levée de préoccupation et ce devant le fait de l’effondrement des systèmes sanitaires les plus puissants. Elle a aussi mis en exergue le déficit de solidarité et laisse entrevoir une nécessité de planification des besoins sanitaires dans une perspective globale du renforcement des prises en charge des populations. Pour les pays en développement et la Côte d’Ivoire en particulier, les options prises par les gouvernements sont allés dans le sens du renforcement de la dépendance  du financement extérieur, ce qui pourrait renforcer la spirale de l’endettement toujours pas bénéfique au développement. Ce contexte aurait dû être le prétexte d’une valorisation de compétence locale à même de réorienter notre vision du développement sur des modes de pensées endogènes.

-On sait que la mobilité des personnes contribue à la propagation de la maladie. Quelles interprétations ?
Dans une interview accordée à des medias radiophoniques en France dans le courant du mois d’avril dernier, Luc Montagnier, Nobel de médecine faisait des révélations sur les origines du virus sras-cov2 ou coronavirus nouveau. Jugées de grave, ces révélations sont apparues comme un pavé dans la marre. Dans cet entretien, le Nobel de médecine s’est privé de considérer ce virus comme une arme biologique, mais en tout cas ne l’envisage pas comme naturel. Le fait donc de l’extrême contagiosité de ce virus est plus qu’inquiétante quand l’on sait la place de la mobilité dans la vie sociale et économique contemporaine. Le non-dit est la volonté occulté de réduire les mobilités. Les impacts de cela au plan économique s’avèrent insupportable. Les échanges sont au ralenti, la vie sociale mise à mal. Or dans l’espace les dimensions sociales et économiques sont les piliers forts de la construction territoriale. C’est donc une nouvelle approche de la perception de l’espace territorialisé qui nous est soumise. Or l’effondrement des économies, c’est le risque d’une deshumanisation annoncée qui frappe à la porte de notre monde. Les psychosociologues ont déjà averti sur les effets pervers des confinements. Il nous est donc permis de comprendre l’importance du risque encouru à long terme si la mobilité ne se trouve pas rétabli. L’autre enjeu c’est la maitrise des flux induits par la mobilité. La question de la gestion des frontières se présente plus que jamais au centre des préoccupations. Ce sont les frontières qui capitalisent le plus les flux liés à la mobilité des personnes. Ce sont des espaces sensibles qui se doivent de jouer pleinement le rôle de filtre. En Côte d’Ivoire, la gestion bâclée du mécanisme de confinement qui devait prendre pied depuis l’aéroport a sans doute joué un rôle clé dans la propagation de la maladie. C’est sans dire l’importance de la coordination à déployer pour contrôler les flux de personnes aux frontières. Aussi, n’ignorons pas la place qu’occupent les transports en général. L’exemple de la Corée du Sud avec la désinfection systématique des lignes interurbaines d’autobus d’une gare à une autre a permis de réduire la propagation du virus et contribuer à un déroulement quasi normal de la mobilité urbaine vitalement pour le fonctionnement économique des états. Pour nous états en développement, il y a nécessité de modernisation de notre structure de transport et de contrôle des flux de personnes et de marchandises. Les mécanismes de dématérialisations sont des voies à explorer à ce niveau.

-Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par ‘’mécanismes de dématérialisations’’?
On entend par dématérialisation les processus et procédures qui permettent à tous les échanges de se réaliser par le virtuel.

-De quels outils la géographie dispose-t-elle pour lutter efficacement contre cette pandémie ?
A cette question, je nous renvoie tous à observer le contenu méthodologique des agences fédérales et nationales des USA en charge de la gestion des crises. Dans ce pays, les autorités ont bien perçu ce qu’est la géographie et ce à quoi elle peut servir. Pour comprendre un espace et les phénomènes qui y ont lieu, il faut toujours se baser sur des modélisations spatiales. La carte est le meilleur outil de modélisation territoriale. Le développement des technologies informatiques a rendu ultra puissante la carte par ses outils de conception et ses canaux de visualisation. Ainsi en se servant des progrès de l’informatisation, la gestion géospatiale repose entièrement sur les Système d’information géographique (SIG). Ceux-ci ne sont rien d’autre que l’automatisation de la gestion de la donnée géographique à des fins cartographiques couplées aux principes de l’analyse spatiale.
En Côte d’Ivoire, nous disposons de structures à vocation cartographique telles que le Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement (Bnetd), le Centre National de Télédétection et d’Informations Géographiques (Cntig) et le département cartographique de l’Institut National de la Statistique (Ins) mais quelles missions leur confie-t-on ? Et avec quelles ressources ? Nous profitons de cette tribune pour encourager les autorités à renforcer les dispositifs utiles à la formation et à la recherche cartographique dans les départements de géographie des universités publiques. L’importance portée à la chose géographique n’est pas encore pleine et entière. Dans le plan de riposte à la covid-19, l’impact et la portée spatiale de la manifestation de la maladie ne sont pas su de la masse parce que rien n’est communiqué la dessus. La spatialisation des données affairant aux cas avérés via les SIG devait contribuer à établir la logique de prévention et de régression de l’épidémie. Les recours cartographiques peuvent impacter durablement les comportements et le renforcement des mesures barrières. L’expérience Américaine est amplement édifiante. Les rapports inter agences de sécurité et d’épidémiologie en ont fait un large écho. En diffusant avec précision les données sur la maladie, les cartes produites par SIG ont aidé les autorités à faire passer le message de la prise en compte effective de la distanciation sociale. Chez nous, l’analyse spatiale qui aurait du être engagée nécessite une disponibilité des données qui aurait dû aboutir à la surveillance épidémiologique visualisable de la ville d’Abidjan, épicentre de la maladie en Côte d’Ivoire. Les SIG fonctionnent avec une certaine logique de la disponibilité des statistiques. Des procédures comme l’interpolation géospatiale (procédure pour représenter dans le détail une réalité implantée dans un espace), couplée au profil social et économique des personnes malades peuvent aboutir à une prospective épidémiologique capable d’aider à circonscrire les espaces à risques.
Notre habitude de la chose statistique au plan étatique n’est  pas toujours tournée vers le partage, ceci pour nous chercheurs est bien souvent un frein à la prise d’initiatives. Les SIG sans données disponibles, s’avèrent inutiles !

-Il se raconte que la température aurait un effet réducteur sur la virulence du virus. A la lumière de la dynamique des saisons dans le monde, quelle analyse pourriez-vous faire de cette idée?
Cette question est à double tranchant, si je puis me permettre l’expression. De ce qu’on savait sur les corona virus, ils n’étaient pas adaptés à certains niveaux de température. Apparemment, cette thèse n’est plus valide ! On ne peut donc plus lier sa propagation à une éventuelle saisonnalité.
Pour conclure, nous voulons lancer une invite à tous les décideurs sur la nécessité d’une association de la compétence géospatiale au plan de riposte. Il suffira de mettre à disposition les données sur la forme d’un hub de partage à partir duquel des tableaux de bord seront archivés à temps réel. Cette élaboration de plate-forme de données permettra d’affiner les réflexions pour une maitrise de l’expansion du virus  dans la population. Comme nous l’évoquions précédemment ce contexte de crise sanitaire doit nous aider à moderniser nos appareillages de gouvernance. Les ressources humaines existent, il faut une ferme volonté pour l’opérationnaliser. 

Interview réalisée par O.C. Charly

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